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Les entreprises de l'ESS, seules mécènes de l'innovation sociale ?

Expertise

Rencontres entre les entrepreneurs de l'Adive et les collaborateurs de KPMG
Si les entreprises de l’économie sociale et solidaire sont très actives sur le sujet, de nombreuses autres s’y impliquent fortement. Ce tour d’horizon rapide en fait la démonstration à travers trois projets innovants et leurs mécènes.

Dans leur relation au mécénat, les structures de l’ESS ont la particularité d’être soit dans une position de porteurs de projets bénéficiaires d’un soutien, soit dans une position de financeur/accompagnateur. Dans le premier cas, il s’agit généralement de « petites » structures créées par des entrepreneurs sociaux. Dans le second, nous parlons de grandes coopératives, comme le Groupe Chèque Déjeuner, de banques coopératives (Crédit Coopératif, Caisse d’Epargne, La Nef…) ou de mutuelles (Macif, AG2R La Mondiale…). Ces entreprises sont des mécènes historiques de l’innovation sociale. Commençons justement par l’exemple de la fondation d’une mutuelle.

 

Répondre à des enjeux de santé publique ou l’action de la fondation d’une mutuelle

La fondation Adréa intègre l’innovation sociale au cœur de sa politique de mécénat, naturellement parce que cette approche est au cœur de la stratégie de l’entreprise mais également pour deux autres raisons phares : contribuer à la recherche de solutions répondant à des enjeux majeurs de santé publique et être en capacité d’assumer la prise de risque, plus ou moins élevée, liée aux projets . Ces motivations ont conduit au soutien des Invités au festin. Cette association a permis l’émergence de « structures de psychiatrie citoyenne » où les personnes en souffrance psychique se retrouvent entre elles, dans un cadre non médicalisé et avec des responsabilités liées à la vie de leur lieu de résidence. Alors que le modèle classique médicalisé est souvent générateur d’exclusion sociale, ce principe « d’accompagnement par les pairs » a largement fait ses preuves. L’enjeu actuel est de tester un modèle permettant la réinsertion professionnelle. Mais rien n’est gagné du fait du profil complexe des résidents. Pour Claire Lalot, responsable de l'animation de la fondation, « la fondation s’inscrit véritablement dans le temps long car l’estimation du nombre de sorties positives n’est pas intégré dans la procédure d’évaluation du projet». Même s’il s’agit de l’objectif final, la fondation est bien consciente de la difficulté à évaluer le nombre de personnes qui trouveront un emploi à l’issu de leur parcours. Cela ne l’empêche pas d’apporter une aide financière et en compétences ainsi que de relayer l’expérimentation auprès de la presse mutualiste, dans un objectif de plaidoyer auprès des établissements sanitaires et sociaux. Notons que le Crédit Coopératif et la fondation Vinci sont également mécènes de l’association.

Ci-contre : Activités artistiques organisées par les Invités du festin

 

Initier de nouveaux modèles ou l’action de la fondation d’une entreprise transnationale

Tout comme Vinci, très active dans le mécénat au service de l’innovation sociale, KPMG s’y investit également. Via sa fondation, l’entreprise d’audit et d’expertise comptable soutient de nombreux projets socialement innovants généralement créés par des entrepreneurs sociaux. Comme l’explique sa déléguée générale Bouchra Aliouat, encourager le développement de l’innovation sociale est motivé par la double volonté de «faire émerger des initiatives novatrices répondant à des besoins de société et d’initier de nouveaux modèles de fonctionnement inter-entreprises ». L’action de la fondation auprès de l’Adive (agence pour la diversité entrepreneuriale) en est une très bonne illustration. Son fondateur, Majid El Jarroudi, est parti du constat que les grandes entreprises, par leur politique d’achat très normée, excluaient de fait dans leur réseau de prestataires les TPE locales et les entrepreneurs implantés dans des zones urbaines sensibles. Grâce au mécénat de compétences de la fondation KPMG (membre fondateur avec EADS de l’Adive), il a pu expérimenter son modèle qui a pour but de pallier cette « injustice » économique et sociale. Aujourd’hui le répertoire de l’Adive comptent 600 entreprises référencées (essentiellement des TPE), dont 250 sont mises en relation avec des grands groupes. De plus, l’action de professionnalisation de ces entrepreneurs contribue directement à la redynamisation de territoires en déshérence économique.

Dans les exemples présentés, les fondations d’entreprise ont généralement mis en place des moyens pour comprendre et analyser les « besoins sociaux peu ou mal satisfaits » et en quoi le projet apporte une « réponse nouvelle »[1]. Les méthodologies développées ont pour but de mettre en adéquation les compétences de l’entreprise et le projet. Parce que le mécénat de compétences est souvent le facteur clé qui permet l’émergence et l’expérimentation grandeur réelle des innovations.

 

Encourager une démarche entrepreneuriale ou l’action d’une TPE grenobloise

Le cas des PME et TPE est différent. La qualité de la relation humaine avec le porteur de projet est décisive. Il montre par ailleurs que le véhicule juridique de la fondation d’entreprise n’est pas indispensable. Preuve en est l’exemple d’Act’RMC, société de portage salarial basé sur la technopôle Innovallée, à côté de Grenoble et comptant quatre collaborateurs. « C’est la démarche entrepreneuriale d’Isabelle et Alain qui est en résonnance avec ma vision du monde », telle est la réponse de Muriel Passaro, directrice associée d’Act’RMC, à la question sur les raisons de son soutien à Solid’Action. Etant par ailleurs présidente d’une commission innovation sociale rattachée à Innovallée, elle a été sensible à cette dimension du projet associatif. Solid’Action est une association qui conjugue accès au travail et lieu d’hébergement tenu par un « couple d’hôtes » vivant 24 heures sur 24 avec les résidents en parcours d’insertion[2]. Ce cadre familial a un impact notoire sur l’évolution des personnes. De plus, l’association est partenaire du dispositif EPIDA (Expérimentation Parcours Insertion à Durées Adaptées) qui vise à tester l’efficacité de l’allongement des parcours d’insertion aujourd’hui limités par la loi à deux ans (durée trop courte pour les personnes en situation de grande exclusion). Ce dynamisme lui vaut d’être soutenue par une dizaine de PME et TPE locales (fédérées dans un club) et de nombreuses autres fondations, qu’elles soient rattachées à des entreprises « conventionnelles » ou de l’ESS.

Ci-contre : Randonnée avec les personnes en insertion de Solid'Action

 

Ce n’est pas tant la nature de l’entreprise, ni sa taille qui déterminent sa volonté de mécéner des innovations sociales. Son implication ne serait-elle pas liée à sa capacité ou celle de sa fondation à prendre des risques sur ces projets socialement innovants ? La question reste à creuser.

 

 

Sylvaine Parriaux

 


[1] Définition de l’innovation sociale par la Commission éponyme d’Admical : « L’innovation sociale est un processus qui vise à élaborer des réponses nouvelles à des besoins de la société nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques publiques. Elle se définit par sa finalité, et non par ses modalités : il peut s’agir d’une innovation de produit, de procédé, commerciale ou organisationnelle. Pouvant être portée par une variété d’acteurs à travers ses différentes phases (émergence, expérimentation, diffusion), elle a vocation à impliquer l’ensemble des acteurs concernés, publics et privés. »

 

[2] Le principe du couple d’hôtes existe à ce jour uniquement pour les personnes en situation de handicap

 

Article initialement publié dans la revue Mécènes, n°3, Septembre 2013

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